BOITE POUR VERNIR

DI PIERLUIGI BERZIERI

Traduction par Irina Spinella

 

 

La peinture des modèles civils pose des problématiques caractéristiques au niveau opérationnel qu’on ne relève pas avec la même importance dans d’autres secteurs. L’emploi de peintures cause, d'un côté, des problèmes d'écoulement des fumées et, de l'autre, l'omniprésent « risque-poil », une épée de Damoclès qui menace la parfaite réussite d'un modèle et qui se révèle   dangereusement dans les phases finales de la peinture, spécialement quand on applique les couches de  transparents.

Le petit poil constitue à  lui-même une entité presque transcendante, souvent imperceptible, sans doute inutile, imprévisible et, donc, complètement assimilable au grain de poussière, entité qui accède au niveau de perception de la part des êtres vivants seulement au moment où on arrive à le localiser à l'intérieur de l’œil ! La comparaison avec le grain de poussière n'est pas tout à fait casuelle: le grain assume une importance quand il se déclare désagréablement, le petit poil aussi attire notre attention quand le très grave événement s’est accompli : il  s’est déposé sur la dernière couche de peinture transparente appliquée sur le modèle désormais achevé !

Il faut ajouter une particularité tragique de cet organisme sans doute pensant: il se met délibérément et avec une incroyable précision toujours au centre des coffres ou des toits des modèles, en évitant soigneusement les parties plus cachées dans lesquelles il causerait sans doute des dommages extrêmement moins graves. Quelqu’un à ce point objectera que le grain de poussière constitue lui aussi un danger pour le modeleur qui affronte la phase de peinture du modèle; eh bien non! Comme un petit poil ne provoquera jamais des conséquences si fastidieuses à l'intérieur d'un oeil, ainsi le grain de poussière n'est pas absolument doué de cette sagacité et rapidité qu'on peut  attribuer  par contre au petit poil, capable de mener à terme les entreprises les plus atroces et cruelles.

Le parallèle est évidemment stimulant, mais les deux idées sont opposées, peut-être complémentaires, donc, au bout de notre analyse, c'est le petit poil qu’il faut apprendre à interpréter pour qu'il soit possible le neutraliser efficacement. La bataille contre les poils et contre les fumées de peinture peut être affrontée avec l’emploi d'une boîte à l'intérieur de laquelle on effectue la peinture. L'archétype de la boîte qu’on va décrire est constitué d’un carton ouvert d'un côté et humidifié à l'intérieur avec un vaporisateur. La boîte que j’ai réalisée prend inspiration de celle qu’on utilise dans les laboratoires pour le travail et la peinture d'objets en céramique et qui est constituée d'une base et de trois murs verticaux qui peuvent être réalisés en métal (dans ce cas unis avec une soudure) ou, comme dans mon cas, d'un matériel plastique particulièrement résistant aux diluants. Les murs ont été unis entre eux avec des clous sans tête enfilés dans des trous  et  de la silicone à fonction adhésive et collante.

Toutes les arêtes ont été protégées avec un profilé en aluminium collé avec la silicone. Sur la base on a réalisé deux trous: le premier, plus grand (5 cm. environ de diamètre), a pour tâche celle de décharger la même quantité d'eau qui est introduite à l'intérieur de la boîte et il a une calaison d’environ 1 cm. du fond pour permettre la formation d'une couche d'eau sur le fond même; le deuxième, plus petit (1 cm. environ de diamètre), permet l’écoulement d’une petite quantité d'eau, mais il garantit l'écoulement total de l’eau. Sur les trois murs verticaux, de la partie intérieure, on a positionné des tuyaux avec des trous (à la distance de 5 cm. l'un de l'autre) pour la sortie de l'eau. Les tuyaux, du type utilisés pour les installations domestiques hydrauliques, sont fixés aux murs avec les étriers qu’on utilise pour les tuyaux des installations électriques et ils sont unis entre eux avec des coudes et une articulation centrale à “T” qui est employée pour réunir le tuyau qui vient de l'extérieur de la boîte. Aux tuyaux on applique successivement des cloisons mobiles (elles aussi peuvent être réalisées en aluminium ou en matériel plastique) au moyen des étriers déjà utilisés pour la fixation des tuyaux aux murs avec la fonction d’ “aplatir” le flux d'eau qui sort des trous et permettre ainsi la formation d'un voile d'eau régulier et constant.

L'eau arrive à l'articulation à “T” au moyen d'une pompe à immersion placée à l'intérieur d'une vasque qui contient 30 litres d'eau environ (portée de la pompe 100 litres/minute environ). On pourrait réunir l'eau provenant directement de l'installation de la maison alternativement, mais on dispose d'une pression difficilement suffisante à introduire la quantité d'eau nécessaire pour former un voile régulier sur toutes les surfaces intérieures. Au cas où l’on dispose d'une pression suffisante, il serait préférable adopter cette solution qui évite le réemploi d'eau sale et la  nécessité conséquente de pourvoir à une substitution périodique de l'eau à l'intérieur de la vasque et au lavage périodique des trous des tuyaux qui peuvent s’obstruer au passage des déchets de peinture.

On garantit l'écoulement des fumées et des poussières, celui-ci plus léger, par un aspirateur placé au-dessus de la boîte et soutenu par une structure de métal à la boîte même. À l'entrée de l'aspirateur, on place un filtre du type utilisé dans les manteaux de cuisine qui devra être remplacé à chaque peinture si on veut garder une bonne efficacité du ventilateur; au bout de l'aspirateur est réuni par contre un tuyau qui expulse les poussières à l'extérieur de la pièce. La partie supérieure est fermée avec une toile de nylon transparent qui permet l'éclairage et est préférable aux autres solutions :  plastique transparente ou verre (la première ne peut pas être nettoyée avec diluant et la seconde peut causer des problèmes de fragilité dans le démontage).

L'installation si réalisée présente la grosse valeur d'être démontable pour exécuter le nettoyage nécessaire, pour l’entretenir aisément en efficacité parfaite, surtout si l’eau utilisée  circule de nouveau et n’est pas fraîche. La pompe aussi et, surtout, l'aspirateur  doivent être démontés et nettoyés soigneusement pour éliminer les restes qui se collent sur les surfaces des parties internes. Toutes ces précautions peuvent ne pas être encore suffisantes: quelqu’un rapporte d'avoir  surpris la nuit des poils habillés de noir qui s'introduisaient à l'intérieur des pots de peinture pour  être successivement vaporisés sur la surface si convoitée ! À cause de ce problème, il résulte indispensable garder les pots bien fermés et contrôler toujours la limpidité de la peinture avant de l'utiliser. Si à ce point un poil réussit encore à atteindre sa destination, eh bien, on le laisse là où il est; les efforts surhumains et les dangers qu’il a affrontés doivent être reconnus, on doit porter respect à celui qui s'est immolé pour perpétuer son  image de manière spectaculaire, en cueillant cet instant fuyant qui permet de transformer peut-être autrement une existence misérable dans une pose immobile mais sempiternelle et grandiose, là, au centre du coffre ou du toit de ce fantastique modèle que tous admirent.

 

 

 

 

 

 

 

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